Nombreuses distinctions pour les artistes du livre
Exposition au Musée du Design de Zurich

Le Musée du design de Zurich présente du 29 mai au 19 juin 2005 les livres primés dans le cadre du concours «Les plus beaux livres suisses». L’Office fédéral de la culture est l’organisateur de cette exposition. On mentionnera particulièrement les travaux de quelques jeunes artistes qui ont déjà reçu des récompenses, parfois même hors de nos frontières.

Que serait la saison estivale sans les bains de la Limmat et ceux du lac? Il faut maintenant ajouter un petit livre bien pratique. Il s’agit de l’ouvrage paru aux édition hier+jetzt à Baden «Vom Letten bis Rimini, Geschichte und Gegenwart der Zürcher See- und Flussbäder». Une couverture faite avec raffinement d’un papier ciré, plié en plusieurs couches, dont la transparence évoque la profondeur des eaux, et qui préfigure bien le sujet illustré par l’iconographie du livre. Dans sa première partie, l’histoire d’un nageur quelque peu hésitant (Michael Hürsch) sert de prétexte à l’utilisation enjouée de photographies en couleur réalisées par Peter Tillessen. Ces photos ont pour rôle d’attirer l’attention du lecteur/spectateur sur les contenus. Les photos d’objets architecturaux sont traitées en noir et blanc, et accompagnent les plans et la présentation, sous forme de tableau, du matériel d’information, dans la deuxième moitié du livre. La typographie apparaît aérée, sa couleur change plusieurs fois, le bleu est réservé aux textes en langue anglaise, les indications en allemand sont de couleur variable. La meilleure des publicités pour les bains et pour l’eau, et qui a reçu deux récompenses: d’abord dans le cadre du concours «Les plus beaux livres suisses 2004» organisé par l’Office fédéral de la culture, et ensuite lors du concours «les plus beaux livres du monde entier» à la foire du livre de Leipzig où il a reçu une médaille de bronze. Thomas Bruggisser est le réalisateur de ce guide balnéaire, sur une idée de l’architecte Nina Chen de Chicago qui, lors d’un stage à Zurich pendant un été particulièrement chaud fut fascinée par la diversité des bains au bord des lacs et des rivières. Une fondation du célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT) permit à Nina Chef de faire un travail de recherches sur les bains à Zurich.

Thomas Bruggisser, dont l’atelier se trouve à Zurich, s’était signalé à l’attention une première fois (avec Michel Fries) grâce au livre distribué par Lars Müller Publishers «Benzin- (Young Swiss Graphic Design)» qui fut édité à 10 000 exemplaires. Quand on parcourt ce livre aujourd’hui, on ne peut que s’émerveiller du flair des deux artistes qui, dans leur rôle de curateurs présentaient les noms de la nouvelle génération de graphistes. Et c’est précisément en raison du succès rencontré par «Benzin» auprès des hautes écoles spécialisées étrangères que Burgisser et Fries décidèrent de d’éditer un autre livre à l’intention des designer graphiques: «Super. Welcome to Graphic Wonderland», un recueil de «cartes blanches» aux designer européens, paru en 2003, et qui lui aussi fut récompensé par le jury des «plus beaux livres suisses».

Pour la première fois, une récompense va à un «Book on Demand»

Ce sont plusieurs récompenses qu’a remportées Dorothea Weishaupt, artiste résidant à Bâle, pour les livres qu’elle a réalisés en 2004. Celui qu’elle signe avec son collègue berlinois Michael Heimann pour le musée d’art d’Aarhus au Danemark, «Olafur Eliasson. Minding the World» a reçu un diplôme d’honneur dans le cadre du concours «les plus beaux livres du monde». Il fut édité à l’occasion en danois et en anglais à l’occasion de la première grande exposition d’Eliasson dans sa patrie ; il s’agit là de l’un des ouvrages les plus complet présentant l’œuvre de cet artiste renommé.

Dans le cadre du concours «Les plus beaux livres suisses 2004», le jury suisse a lui aussi récompensé le livre consacré à Eliasson ainsi qu’un autre livre réalisé par Dorothea Weishaupt et Michael Hermann: «Buchstaben, Bilder, Bytes. Das Projekt Wahrnehmung». C’est la première fois qu’est récompensé un livre fabriqué «sur demande». Cela signifie que son tirage n’est pas défini: à chaque commande répond le passage à l’impression. La demande et le marché détermineront l’importance du tirage. Les premiers 100 exemplaires ont été commandés en quelques mois. Quand à la fin de 2004, il fut question de présenter ce livre au concours, Dorothea Weishaupt n’était pas sûre d’avoir le droit d’envoyer un livre produit avec des coûts très bas et selon de telles normes. Contrairement à la façon traditionnelle de faire un livre, ses contacts avec l’imprimeur en Allemagne se firent uniquement par courriel et téléphone. Pour des raisons de coûts, l’imprimeur n’offrait au choix que quatre formats et quatre sortes de papier. La fabrication du livre, qui a pour contenu les conférences prononcées lors d’un symposium tenu à Bâle, a dû se plier à un budget très réduit, qui a orienté le choix vers le procédé de «l’impression à la demande». Le résultat est un livre-objet où la typographie est traitée de manière à la fois ludique et professionnelle par le recours à plusieurs caractères différents. Une grande attention a été portée aux plus petits détails. Un livre qui, tout en respectant des coûts de production très bas, avec le procédé d’impression laser, a pourtant une allure élégante. Comme dans son livre «Dramensatz» récompensé une année plus tôt, Dorothea Weishaupt recourt au numérotage. Ce procédé bien connu des gens de théâtre permet de localiser et de citer chaque phrase très précisément.

Avec «Movement Meter for Lernacken», Weishaupt et Heimann avaient déjà manifesté l’intérêt qu’ils portaient à l’œuvre de l’artiste dano-islandais, et cette publication avait obtenu lors de l’édition 2002 du concours «Les plus beaux livres suisses» la mention de «livre du jury», ce qui vaut deux ans plus tard aux deux livres consacrés à Eliasson d’arborer un bandeau. Voici l’appréciation portée par le jury sur le livre présentant les plus importantes expositions d’Eliasson : «La reliure, la couverture et le papier de la page de garde s’harmonisent avec le contenu de ce livre clairement structuré. Les parties de texte et les parties illustrées alternent ; la navigation, dès la table des matières, est bien organisée. Avec une grande fraîcheur, et dans une qualité d’impression remarquable, l’œuvre de l’artiste islandais Olafur Eliasson est ainsi mise en valeur. Grâce à la grande dimension du caractère, les lignes de texte, très longues, restent lisibles. Combiné avec le texte, le matériel iconographique varié, qui renvoie à la documentation courante, invite à des découvertes». Une autre particularité de Dorothea Weishaupt, appenzelloise qui a suivi les cours de la haute école d’art appliqué de la Chaux-de-Fonds: les livres qu’elle réalise sont plurilingues.

«Aura, Glamour, Mode»

Aude Lehmann, qui a suivi les cours de l’école des beaux-arts de Bienne, et enseigne à l'École cantonale d'art de Lausanne (Ecal), est originaire de Tramelan dans les Franches-Montagnes et elle travaille à Zurich. Elle a réalisé le livre «Accept the Expected» qui accompagne la grande exposition que que le  Centre d'Art Contemporain de Genève consacre à la photographe iranienne Shirana Shahbazi. C’est en 2003 que Aude Lehmann a proposé pour la première fois ses travaux dans le cadre du concours «Les plus beaux livres suisses». Les deux livres récompensés, «Aura» et «Glamour» conçus en collaboration avec le linguiste Tan Wächli font partie d’une trilogie dont le troisième volet, «Mode», est encore inachevé. Le jury a distingué les deux volumes comme faisant partie d’une série, une série intelligemment pensée, regroupant des textes théoriques denses et de magnifiques illustrations. On trouve dans le volume «Aura», réduites à l’état d’esquisses, des œuvres picturales célèbres. «Aura» est conçue comme une brochure, «Glamour» comme un livre ; l’un et l’autre ont le même format. «Glamour» frappe particulièrement par de beaux collages en jaune moutarde et rose vif: avec deux couleurs, une large échelle d’images est posée, un spectre de variations impressionnant. La conduite parallèle de deux textes confère au livre une énergie supplémentaire. Aude Lehmann et Tan Wächli essaient dans leur trilogie de varier le contexte et les approches théoriques et plastiques de ces trois notions que sont «Aura», «glamour» et «mode».

Le livre de Aude Lehmann, «Oh, no, no ...- The Crystal Series» a également reçu une récompense ; il comporte des illustrations de l’artiste Setareh Shahbazi, sœur de la photographe Shirana Shahbazi. Aude Lehmann a travaillé à ce projet en compagnie de l’artiste à Beyrouth au Liban. De leur collaboration est né un livre d’artiste, dont les images se caractérisent par de remarquables combinaisons de couleurs. Ces images sont tramées de différentes manières sur un papier d’imprimerie jaune pâle, ce qui confère à cette publication un caractère de patchwork, parfois presque tridimensionnel. La présentation bilingue est rendue très claire grâce à la conduite séparée des deux langues en haut et en bas de la page. Aude Lehman a participé en qualité de dessinatrice à une autre publication distinguée par l’Office fédéral de la culture dans le cadre du concours «Les plus beaux livres suisses». Il s’agit de «Silex No. 20 - This is the End“: sept anciens élèves de l’école d’arts visuels de Bienne, travaillant à Zurich, se sont réunis depuis 1993 autour d’un projet commun: la réalisation et la production de «Silex». Les illustrations ne sont pas signées ; ils sont les seuls à savoir qui a fait quoi. Pour la 20e publication intitulée «Silex- This is the End», ils se sont réunis pendant une semaine en France. «Silex n°20» est une paraphrase du film «Apocalypse now». Réalisées à l’encre de Chine, au crayon et au feutre, les illustrations sont toutes photocopiées. Le résultat est une volumineuse publication collective avec une tranche noire, une reliure inhabituelle, avec des vis, telle qu’on en voit dans les catalogues d’échantillons de tapis ou d’étoffes. Le livre se présente comme une boîte noire. Lourd et imposant au premier abord, il convient au sujet qu’il s’est donné: la fin définitive du projet Silex. Une collection de dessins de styles très différents, qui répandent une atmosphère de fin des temps: la dernière publication d’un groupe de sept dessinateurs se présente sans texte.

Distingués en Suisse et en allemagne

Des livres de Leander Eisenmann ont été distingués récemment à deux reprises simultanément en en Suisse et en Allemagne. Eisenmann est un artiste du livre à Zurich, il enseigne le graphisme à la Hochschule für Gestaltung de Bâle. Il réalise depuis 5 ans les couvertures de la série de littérature générale des éditions Beck à Munich. Après avoir été l’auteur de l’ensemble des couvertures de la série, il se concentre maintenant la réalisation des volumes de son choix. «In Deutschland leben», tel est le titre d’un des livres de la série récompensé cette année par la fondation allemande «Buchkunst». Le livre est constitué d’un entretien que mène avec Wieland Freund le poète iranien SAID établi en Allemagne. «L’image de couverture, rendue très insolite par son basculement de 90 degrés, annonce de manière très convaincante le contenu du livre, cet autre regard posé sur l’Allemagne» a dit le jury allemand en commentant son choix. Cette image représente un chêne allemand que Eisenmann a photographié lui-même. A chaque fois qu’il réalise une couverture, Eisenmann essaie de traduire visuellement le contenu du récit. La lecture du manuscrit lui permet d’aller à l’essence du texte.

Un autre livre réalisé par Eisenmann a été distingué par deux jurys différents, en Suisse et en Allemagne: «Design und Architektur: Studium und Beruf - Fakten, Positionen, Perspektiven» édité par Birkhäuser à Bâle. Il s’agit d’un ouvrage de consultation destiné aux étudiants, d’une conception toute nouvelle, et qui présente les formations dans le domaine graphique. «Un magnifique travail typographique ; la présentation très nouvelle des tableaux  et l’emploi de la couleur sont particulièrement impressionnants ; ils caractérisent l’esthétique et la fonction du livre» a dit le jury allemand. Leurs collègues suisses, devant l’éclat jaune jeté par la tranche du livre ont loué: «Un manuel d’un charme délicat, qui s’ouvre bien sur le plan de lecture. Les tableaux sont en noir, les parties de texte en lettres olive, dont la qualité de couleur est le produit d’un mélange (non mathématique mais intuitif) de jaune et de noir. Les textes, dans leur tonalité, sont presque à la limite d’une lisibilité agréable. Bon choix du papier, qui malgré une forte proportion de blanc n’aveugle jamais. La pagination est décorative, fine et ludique ; la couverture, dans ses ornements, se réfère au contenu, les parenthèses sont comprises ici comme des contenants, elles renvoient de plusieurs manières à la richesse inépuisable des concepts de design et d’architecture. Un contenu relativement aride, dans un bel emballage.»

Bien habile celui qui s’apercevrait qu’un autre ouvrage dont Eisenmann a assuré la réalisation a été fait en trois semaines et demi seulement. C’est le temps dont a disposé Eisenmann pour réaliser ce livre qui avait d’abord été confié à un autre artiste. Et parce que le papier était déjà acheté, Eisenmann a dû se plier à des conditions qu’il ne pouvait plus modifier. Il porta son choix sur les caractères Didot dont des typographes lausannois avaient poursuivi le développement, malgré l’avis de collègues qui disaient qu’une telle police de caractères ne pourrait s’appliquer sur le papier commandé. Écoutons l’avis du jury du concours «Les plus beaux livres suisses: «Cette publication accompagnait une exposition consacrée à ce thème ; du fait de son papier, elle paraît, quand on la prend en main, plus riche et plus épaisse. Très soigneusement imprimée, elle est destinée à des créateurs en arts visuels ; elle réunit sur un petit espace un matériau typographique différencié et des exemples d’usage de différents caractères, ainsi que du travail individuel des graphistes. Dans cette publication, les matériaux, si différents, ont été très bien assemblés, sans heurts. La simplicité de son aspect convainc.»
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